ACROSS THE DAYS

2011 EN MUSIQUE

Posted in ACROSS THE DAYS, ACROSS THE MUSIC by Across The Days on janvier 3, 2012

2011 s’est défini dans la musique par la relation toute particulière qu’ont tissé artistes et médias (qu’ils soient des blogs, dont l’influence a encore progressé, ou des magazines). Certains s’en sont cachés ou ont feint de les ignorer, pour mieux faire parler d’eux, comme The Weeknd ou Wu Lyf, quand d’autres ont réussi à attirer l’attention sur eux et, quand ils l’ont eu, ne l’ont plus lâchée, notamment Lana Del Rey (qu’on vous fera le plaisir de ne pas évoquer une fois de plus ici), mais aussi le collectif de hip-hop Odd Future. On vous parlera aussi de Baxter Dury, du retour de Justice, de Metronomy, The Rapture, ou encore côté français de Housse de Racket et de The Shoes.

Pour que vous puissiez jouir agréablement de cette review musicale de 2011, voici, comme il y a un an, une bonne mixtape de 50 minutes de titres qui auront marqué l’année, de The Shoes à  Bon Iver :

Mixtape 2011 (clique droit, enregistrez sous) :

  1.  The Shoes – Bored
  2. Gold Panda – Marriage (Star Singler Remix)
  3. Air Bag One – Sweet England (Live)
  4. 1995 – La Source
  5. Breton – The Well
  6. Jai Paul – BSTSU
  7. Alt J – Tessalate
  8. Housse de Racket – Apocalypso
  9. Real Estate – It’s Real
  10. Adele – Rolling in The Deep (Jamie XX Remix)
  11. The Rapture – Come Back To Me
  12. Bon Iver – Michicant

Après le printemps arabe, le printemps musical

The Weeknd est sorti de nulle part, juste une mixtape, « House of Balloons », mise à disposition gratuitement sur son site. Rien de plus. La blogosphère aimant bien le mystère, elle s’empare de celui qu’on découvrira s’appeler Abel Tesfaye. De Toronto, il est bien possible qu’il ait changé la manière dont la musique sera produite dans la décennie à venir. Son r’n’b est nourri d’influences diverses, ses paroles posent des thèmes qu’on connaît mais qu’il réussit à renouveler : drogues, fêtes, filles… et sexe. La vie, quoi. La suite, on la connaît : deux autres mixtapes tout aussi gratuites (« Thursday », plus centré sur la partie fête de l’œuvre, et « Echoes of Silence », où Abel se met à nu, cet homme sensible) pour boucler une trilogie grandiose et une collaboration avec Drake sur son génial « Take Care ». Et la plus belle réussite musicale de l’année.

Wu Lyf, eux, ont évité les médias pour éviter d’être un énième « buzz éphémère ». En réalité, ils ont surtout évité le NME, et ont été voir partout ailleurs. La sauce a pris, et à raison, parce qu’ils ont réussi à mettre une grosse claque au rock, qui devenait morose. Des guitares et de la pop (un de leurs premiers morceaux s’appelait « Heavy Pop »), voilà tout ce qui fallait à ces anglais pour réussir. Alors quand en plus on est plutôt cute (Ellery Roberts le chanteur, répond à la perfection aux canons de beauté d’aujourd’hui), qu’on a une voix toute particulière (éraillée, comme s’il avait fumé autant de cigarettes qu’un texan de 110 ans), qu’on est le meilleur groupe live depuis longtemps et qu’on a trouvé un truc pour se démarquer, ça ne peut que marcher. Ce truc, c’est que Wu Lyf est en fait l’acronyme de World Unite Lucyfer Youth Foundation. La LYF, c’est donc une fondation qui permet au groupe d’être financé par ses fans. Un prix d’adhésion abordable, des promesses folles (mais tenues), et encore un nouveau moyen de faire de la musique aujourd’hui. Et de la bonne.

Tyler, the creator et ses amis de chez OFWGKTA (Odd Future Wolf Gang Kill Them All un collectif plus souvent appelé Odd Future, parce que c’est plus facile à dire, faut avouer) ont eux aussi, à leur manière, cette année, trouvé une nouvelle claque à mettre au music business. Ils ont choisi la voie de l’anarchie : tellement de membres, de side-projects et de collaborations que même les fans les plus hardcore ont fini par s’y perdre avec une galaxie de sites sur laquelle sont lâchées des mixtapes à un rythme incroyable, un leader pas encore sorti de sa crise d’ado (Tyler) et surtout un artiste au talent indéniable, mais qui a disparu sans laisser de traces. Cet artiste, c’est Thebe (nom de scène Earl Sweatshirt), que sa mère a envoyé dans un camp pour jeunes où il est coupé du monde quand elle a découvert les insanités que proférait son fils sur des beats violents. Ça a donné une chasse à l’homme qui a tenu tout le monde en haleine pendant quelques mois, mais surtout, un martyr, glorifié plus que jamais grâce à ses quelques chansons. En attendant son retour, son meilleur ami Tyler a sorti son deuxième album, Goblin, où il donne un gros coup de jeune à un rap US bouffé par l’ego-trip à coup de « fuck » et autres joyeusetés.

Côté alternatif, Civil Civic, c’est le duo instrumental qu’on aime écouter à ATD. Le genre de groupe qui, dès qu’il a balancé une track en pleine nature il y a de cela deux ans, continue à intriguer, interloquer et tous les verbes en point d’interrogation. Leur dernier crime ? Rules, du nom de leur premier LP. A trop voir de films et de séries sur les campus ricains, le groupe-duo mondialisé entre l’Australie et Londres semble avoir trouvé dans une chambre dans les méandres du Texas : les guitares acidulées pour les routes désertiques, un synthé pour le rafraichissement au bord d’une high school et un beat lancinant pour équilibrer la donne musicale. On ressort alors pas tout à fait comme on y était entré. Un peu titubant à force de courir, un peu assoiffé à force d’avoir été embourbé dans une chaleur crasse, et un peu sonné de ce Rules qui a su renforcer en moi l’adhésion que j’avais pour les Civil Civic. Une adhésion à l’image de cette nouvelle galette : cohérente depuis un an et demi.

Le printemps musical

En un an, quatre genres musicaux ont vécu une mini-révolution : le r’n’b avec The Weeknd, le rock avec WU LYF, l’alternatif avec Civil Civic et le rap avec Odd Future. Mais quid de l’électro ? L’électro, lui, avance chaque année de révolution en révolution. Pourtant, cette année, ils sont trois artistes à avoir changé le genre, petit à petit. Ils s’appellent SBTRKT, James Blake et Nicolas Jaar. Loin des clubs, ils offrent de l’électro qui caresse l’oreille et le cœur. Dans leurs genres différents, ils ont réussi à faire avancer la musique. SBTRKT a redonné son lustre au dubstep avec ses pop-songs immédiates. James Blake, lui, en a profité pour aller plus loin et poser les bases du post-dubstep. Quant à Nicolas Jaar, il est presque au delà de tout ça, mais lui aussi travaille avec délicatesse. Leur point commun, c’est une inventivité folle : tous manipulent les sons avec un sens inné de leur signification. Certains expérimentent plus que d’autres, mais leurs trois albums définissent l’electro des années à venir. Au delà de ces trois artistes, deux revenants du monde de l’électro ont aussi fait les affaires de 2011.

En premier lieu, le retour du duo Justice. Premier album et véritable succès en 2007 avec toute la troupe Ed Banger à les applaudir, les français étaient plus qu’attendus au tournant. Surprenant est le mot qui va le mieux pour ce Audio, Video, Disco, digne OVNI rock. Cette fois, c’est de l’autre côté de la barrière électro qu’on les y retrouve, côtoyant AC/DC et autres groupes de stades. Un supplément d’âme rock difficilement convaincant au regard d’un « Cross » qui avait de l’âme. Une âme qui transparaissait dans leur première galette tant les “DVNO”, “Phantom”, “Stress” et même “One Minute to Midnight” apportaient une fraicheur et donnaient une idée simple sans être simpliste de ce à quoi pouvait sonner la musique en 2007 : un patchwork génial des influences rock à la sauce électro des noughties. Ici, on peine à trouver du cœur dans ce mélange de compositions qui semblent être autant de parties de plaisir de la part d’un duo qui voulait devenir groupe ou de deux mecs qui voulait se détacher de leurs macs pour enfourcher une guitare et prendre d’assaut le siège d’une batterie. Entre “Civilization” et “Audio, Video, Disco”, outre “New Lands” et “On’n’On”, rien de transcendant.

On dit bonjour l’Angleterre

Outre-manche, Metronomy revivait de ces cendres en ce début d’année 2011. On les attendait depuis un bout de temps après leur Nights Out apprécié autant par le public que par la critique. Jamais deux sans trois, le trio londonien a attaché deux nouvelles cordes à son arc : une pop ravageuse, et une batteuse pour mieux passer sur scène. Le résultat, loin d’être révolutionnaire il faut l’avouer, a le mérite de produire des sonorités flirtant bon avec l’été, comme si les Two Door Cinema Club décidait de quitter Dublin pour la promenade des anglais de Nice. De « The Bay », « The Look » à « She Wants », Metronomy aura rythmé l’année 2011 grâce à une flopée de pop songs diablement efficaces, empruntant le soleil californien et l’affublant d’une pop anglaise dont on raffole en France. Mais outre The English Riviera, l’Angleterre nous a aussi balancé un son tout aussi attrayant. Celui de Baxter Dury » avec son Happy Soup.

Baxter Dury, la quarantaine presque dépassée, lui, était de retour pour un troisième album. Le “fils de” (Ian Dury en l’occurrence), signé chez Parlophone, a dévoilé pour sa nouvelle galette une pop anglaise élégante et sobre. Avec son premier single “Claire”, Baxter Dury épouse le beat  et la basse de Beck, la mélancolie de Air (aux allures de la B.O de Virgin Suicides) et le parler de Gil Scott Heron, déjà bien apprécié sur son titre “Cocaine Man” en 2005. La voix sombre du chanteur britannique alterne avec des chœurs clairs et une rythmique vivifiante. Rien de révolutionnaire à l’horizon, mais un album “Happy Soul” qui rafraichit.

Mais que fait la France ?

La France connaissait il y a un an les joies de The Bewitched Hands ou encore The Dø. Cette année, on a ressenti l’effet « Wolfgang Amadeus Phoenix » avec la touche Philippe Zdar sur le très bon dernier album de The Rapture mais surtout pour le deuxième essai de Housse de Racket. Pour Alesia, le groupe a abandonné la pop facile de Forty Love afin de donner une véritable consistance musicale à son Alesia. Oubliez les déguisements parfois ridicules en tennisman et les casquettes franchouillardes. Les titres sont aussi courts que solides et pop comme il faut : « Roman », « Chateau » ou encore « Apocalypso » et « TGV », rythment cet album. iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Mais la surprise française de 2011, c’est bien sûr The Shoes. Avec une dizaine de tracks bien ficelées, le groupe de Reims enchaine les surprises et les feats avec la participation de Esser, The Bewitched Hands ou encore l’anglais et producteur Primary 1. De l’acide « Bored », on passe au planant « People Movin » puis à l’entraînant « Time to Dance ». En résumé, on a vraiment pas le temps de s’ennuyer quand on décide de mettre « Play » sur ce Crack My Bones. Une bonne surprise pour un groupe français qui ravive les couleurs pop assez usées de l’Hexagone. C’était évidemment sans compter sur le fabuleux dernier album de M83 et son Hurry Up You’re Dreaming, une galette à écouter impérativement. Sinon, vous ne serez jamais réellement en 2012.

Texte : Sinh Blum et Louis Lepron

5 Réponses

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  1. [ESAA]Mareku said, on janvier 3, 2012 at 3:38

    Pour moi, le morceau qui définit parfaitement mon année 2011 est « Video Games » de la sublime Lana Del Rey. Quel dommage que d’ici peu, tous les beaufs moyens abrutis par TF1 la découvriront également…

  2. Anh Phi Cako said, on janvier 3, 2012 at 3:54

    Il y a une erreur, la track « Marriage » remixée par Star Slinger est de Gold Panda à la base, pas de Boards Of Canada.

  3. Florian D. said, on janvier 10, 2012 at 6:51

    Une grosse et belle année de musique !

  4. Inca Laguepe said, on janvier 12, 2012 at 12:48

    superbes,articles,merci de vos soutiens,pour que la relève soit assurée,j’en ai asser de voir,et revoir tous c’est vieux,succes,remixés, remachés rediffusés….place au jeunes,artistes,qui nous embellissent,le quotidien,qui nous donnent l’envie et l’énergie de vivre malglée les medias toujours aussi dépriments,ces jeunes nous font rèvés,nous disent qu’il y a un avenir meilleur plein d’hommes et de femmes de talents,d’intelligences,de sensibilités ,d’imaginations infinies,et vibrant d’espoirs.la vie est là maintenent a chaques soufles,

    non demain………………


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